Se fondre dans le décor

Je sens mes pieds s’ancrer dans le sol comme un astronaute qui retrouve la terre ferme. Mon corps est un sac rempli de roches, qui coule à répétition dans un lac trop profond. Je tombe sans même m’en rendre compte, soulagée de ne plus sentir ce poids à l’intérieur de moi. Je lève la tête et vois les arbres qui se tiennent de la même manière que moi quelques secondes plus tôt: comme si rien ne pouvait les faire flancher. Les feuilles se déplacent tellement vite que ma tête tourne. Je me mets à ramper dans l’herbe humide et froide, sans réaliser que la terre et ma peau se fondent l’une dans l’autre. Fatiguée, je m’arrête pour sentir le vent danser dans mes cheveux. 

Devant moi, une vieille maison me scrute. Je valse entre le sentiment d’être intruse et celui de me sentir chez moi, plus que jamais. Au moment de me lever, mon corps ne me semble plus lourd du tout. Je vole vers la porte qui s’ouvre toute seule devant moi. À l’intérieur, les murs sont noirs comme le ciel. Un souffle passe dans les fissures des planchers. Je décide de monter les marches. Je me tiens devant un corridor long et sombre. Au fond, une porte m’accueille avec un grincement discret. Je vois une lumière s’échapper de sa prison, venir jusqu’à moi et me transpercer. Mon cœur résonne dans mes mains qui tremblent. 

À l'intérieur, les murs sont noirs comme le ciel. Un souffle passe dans les fissures des planchers. Je décide de monter les marches.

Des reflets mauves et verts emplissent l’espace. Tout est éclats et clarté. Je m’assois en indien et lève la tête. Le plafond a été arraché et laisse entrer la lune qui se faufile sur les murs. Je vois la scène comme si j’étais sortie de mon corps : les étoiles qui se reflètent dans mes yeux absents, mes mains qui se déposent sur le sol et mon dos qui se vautre contre les lattes froides. Je vois mes veines devenir aurores boréales.  

J’aimerais pouvoir photographier le ciel et qu’il soit aussi beau que maintenant. Avoir un souvenir qui lui rendrait justice. Ne jamais oublier ce sentiment, ce froidcanicule, cette clartématind’hiver. Je prends une grande inspiration et fixe le ciel encore une fois. Une dernière fois. Quand je ferme finalement les yeux, je l’observe tout autour de moi. Je m’agrippe à cette vision et je souris. 

Mélina Cornejo

Mélina Cornejo est étudiante au baccalauréat en études littéraires à l’UQAM dans le profil création. Elle a toujours rêvé en secret de pouvoir briser la norme selon laquelle ce sont les hommes qui écrivent de l’horreur. Elle mélange les thèmes de la forêt, de l’inquiétant étrangeté et du double dans ses textes. Dans ses passes-temps, elle corrige des textes pour la revue Main Blanche et ses amis qui disent encore «si j’aurais».